A lire et à dire

Notes de lecture sur les romans de la rentrée ou sur les hasards des livres...et leurs croisements avec le cinéma et la peinture.

20 novembre 2009

Fernand Pelez au Petit Palais

les_saltimbanquesGrimaces et misère, les saltimbanques : le tableau le plus connu de Fernand Pelez, est exposé depuis des années au Petit Palais à Paris. Le web est impuissant à montrer la peinture dans tous ses aspects. Ce tableau dans la réalité n'a rien à voir avec le timbre poste affiché sur le net, et la vision de détail qu'il permet ne devrait être autorisée qu'après avoir vu une oeuvre dans sa globalité et dans sa réalité. De toutes façons, l'écran ne peut pas montrer la taille et certaines impressions ne peuvent s'éprouver que devant le tableau : allez au musée!

Les saltimbanques c'est une toile ou plutôt une immense fresque plus haute qu'un homme. Le contraste entre les costumes des acrobates, du clown et des musiciens est saisissant ainsi que l'étalement des âges. Le tableau se lit ainsi du plus jeune au plus vieux, mais tous sont pathétiques, maigres voire faméliques, fatigués. Venez rire, venez admirer, venez nous aider à survivre semblent dire ces artistes exposés aux regards.

D'autres tableaux sur ce zoom :

Si quelques tableaux de Pelez étaient visibles au Petit Palais dans la collection permanente, en ce moment et jusqu'en janvier, on peut y voir aussi la première exposition consacrée au peintre de la misère mais que je préfère appeler le peintre de la profonde détresse humaine.


L'écrivain Patrick Cauvin s'exprime mieux que moi pour donner des raisons d'aller voir cette exposition :

"Appel aux Montmartrois" par Patrick Cauvin, écrivain.

"Foncez au Petit Palais, et là, dans un silence et un vide quasi sidéral vous rencontrez un inconnu, Fernand Pelez, et c’est fascinant.

Peintre montmartrois au profil de mousquetaire, il commence comme tous ses copains par les grandes et insupportables tartines destinées à l’Académie : Jésus insulté par les soldats ; La mort de l’empereur Commode… Le style n’est pas pompier, il est hyperpompier. C’est de la barbouille pour la salle des mariages de l’Hôtel de Ville de Carpentras… Mais, très vite, il abandonne toute cette soupe allégorico-comico-municipale pour devenir, en vraie missionnaire du pinceau, le peintre des pauvres. Et là commence la vraie vie artistique de Fernand Pelez.
Les toiles se succèdent, elles captent la misère au coin des rues : le petit marchand d’oranges, le vendeur de violettes ; sur les visages, la fatigue, la faim… Il faut voir le Saltimbanque, immense toile où, sous les oripeaux du cirque, sous les grimaces, les costumes de piste se cachent la désolation des pitres, les hontes des parias, le désespoir des Paillasse.
Peu à peu, les couleurs s’éteignent, l’art de Pelez prend son essor au fur et à mesure que sa palette s’uniformise et s’assombrit… Ses petits rats de l’Opéra qui se préparent dans les couloirs baignent dans la crépusculaire clarté d’Eugène Carrière.
C’est magnifique, c’est émouvant, on est loin des éternels ressassements des manifestations habituelles… Pelez ne connut jamais le succès… Il y a bien des raisons à cela : une société n’aime pas trop voir l’envers de son décor, surtout quand celui-ci est peuplé de malheur et d’accablement… Cela continue : les salles du Petit Palais étaient vides le jour de ma visite… La parole des humbles ne fait toujours pas recette… de l’autre côté de l’avenue, des enfants grassouillets posent dans des jardins pimpants, ici ils dorment écrasés sous des couvertures trouées… Et nul ne les regarde.
Courez voir Pelez, ne serait-ce que, pour le temps d’un regard, faire revivre, par un peintre oublié, le sombre carnaval des traîne-savates."

Patrick Cauvin, écrivain, à paraitre dans le journal de Montmartre : Montmartre à la une.


Fernand Pelez n'est pas complètement disparu en 1913, ses toiles renaissent sur la toile et les amateurs se manifestent. Et puis un blog est édité, depuis le Canada par ...Fernand Pelez lui même, c'est ainsi que l'auteur s'est enregistré sur http://pelez.blogspot.com/, qui est en fait un répertoire de tout ce qui concerne les oeuvres, beaucoup de reproductions, beaucoup de déclinaisons d'un même tableau, les côtes de l'artiste, un début de catalogue raisonné en somme.

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18 octobre 2009

Polis à Rouen

La librairie POLIS à Rouen continue de donner des rendez vous à part :
ce samedi présentation du Singapour Sling, cocktail douteux quant à sa composition, que l'on retrouve plusieurs fois dans les romans de Vasquez Montalban, selon plusieurs recettes dont Véronique nous a donné à goûter une version évidemment tendancieuse.
Cet exposé alimentaire (c'est la fête du ventre à Rouen quand même) a été suivi par une rétrospective du cinéma espagnol par Patrick Grée.On a eu droit à une rétrospective série B-isée puisque c'est le sujet de prédilection du conférencier. J'ai retenu Guillermo del Toro, Jesus Franco et ses égéries Soledad Miranda et Lena Romey, et Narciso Serrador (uruguayen), dont je me suis promis de regarder les Révoltés de l'an 2000, film de SF de 1976. On en reparle.
En attendant les rendez vous de POLIS sur leur site :
http://www.librairie-polis.com

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23 août 2009

The Gentle Tamer : ces dames de l'ouest

pioneerwomanTrouvé en discutant avec Mr Wolff, bouquiniste à Agen et passionné d' Amérique, cet ouvrage de Dee Brown, plus connu pour "enterre mon coeur à Wounded knee". Ces dames de l'ouest est un des trois livres traduits en français alors que cet auteur de roman traitant des indiens et de la vie dans l'ouest au dix neuvième siècle s'est avéré trés prolifique et documenté.

Je me suis régalé pendant la lecture de ces anecdotes, issues pour la plupart des journaux écrits par les pionnières (Dee Brown était bibliothécaire et a eu accès à de nombreux manuscrits) décrivant des femmes civilisatrice (les douces dompteuses du titre original), débarquant en Californie dans des villes de mineurs qui montraient un grand respect pour la gent féminine.
Mais aussi les artistes autant qu'aventurières comme Lola Montes ou Lotta Crabtree.lotta_crabtree

Mais aussi la première femme juge, Esther MacQuigg Morris, qui influa sur les députés du Wyoming pour en faire le premier état au monde où les femmes purent voter en 1869.

Mais aussi les émigrations des mormons qui traversèrent les plaines de l'Ouest en poussant des charrettes pour s'établir à Salt Lake City.

Etonnantes histoires de cet ouest en peuplement.

bouquiniste___AGENA Agen, un bouquiniste à l'ouest

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15 avril 2009

Madame Bovary sur le web

FiacreIl est maintenant possible avec Internet de rechercher in extenso dans le texte de Flaubert, disponible sur http://bovary.univ-rouen.fr/
La bibliothèque de Rouen qui détient le manuscrit en a numérisé les pages qui sont mises en regard de leur transcription. Ratures, reprises, suppressions sont accessibles au plus grand nombre. C'est un outil d'érudit mais c'est aussi un complément de lecture passionnant, aussi bien sur les procédés de Flaubert que sur la maturation de l'histoire.
Il manque le parcours en fiacre ou les déplacements de Charles mais on les trouve ailleurs, toujours sur le site de l'université : http://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/atelier/cartes/rouen_plans/rouen_ensemble.htm

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17 mars 2009

Collation norvégienne

Staalesen___RouenC'est le titre de la soirée consacrée à Gunnar Staalesen, auteur entre autres de romans policiers, norvégien et néanmoins francophone, qui est venu rencontrer les lecteurs à Canteleu ce jeudi 19 mars à 19 heures.

Voir sur ce blog un article sur "la femme dans le frigo" : http://liredire.canalblog.com/archives/2007/04/index.html

Débat présenté par Michel Linden à la Médiathèque François Mitterrand et rencontre avec un auteur trés sympathique, affable et plein d'humour. GUNNAR_STAALESEN

 

Bien sûr c'est le Festival de Cinéma Nordique qui est l'occasion de la venue de Staalesen à Rouen. Une section du Festival est consacrée aux films tirés de ces romans. Sur le site du festival, une interview du monsieur pour en savoir plus.

 

Quant à la collation nordique ce titre parle de rapprochement normand/nordique : collation ça sonne bien normand, non?

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09 mars 2009

la glose de la glotte

Paru dans Libé vendredi dernier un article sur le français dans les langues étrangères de Marie Treps, Les Mots migrateurs , les tribulations du français en Europe.
On y trouve de quoi se débrouiller en hongrois qui est pourtant une langue ô combien hermétique, extrait :
"Le kujon (couillon) s’est aussi installé en Hongrie (où il signifie chaud lapin), en compagnie de mots comme bordely (maison de passe), treff (trèfle) ou karo (carreau). Aujourd’hui encore, les Hongrois utilisent zmafu (je m’en fous) et projekt (celui ou celle qu’on veut séduire). "
Mais sur un de ces sujets de conversation,  on peut dire qu'il manque "Kanapé", "rendez-vous" et "plafond" quoique comme le dit si bien la seule hongroise (d'adoption) que je connaisse, "je ne sais pas trop quoi faire de celui-ci....coller au sus-dit? ou signifiant "sommet"  ou "le plus haut"...à la rigueur..."

l'article de Libé : http://www.liberation.fr/livres/0101472924-a-propos-de-gl

Ah oui, ça peut servir : "je t'aime" => "szeretlek" et "bon voyage", =>" kellemes utazàst!"

Et question littérature? que peut on lire traduit en français qui vienne de la littérature hongroise contemporaine?

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05 février 2009

Best love Rosie de Nuala O'Faolain

"...Le long du chemin, les chèvres de NoNeed passaient la tête à travers la haie et se gavaient de mûres et de gratte-culs. N'y avait il pas, pour moi aussi, un fruit à cueillir quelque part? Quel intérêt y avait il à me lamenter sur des états que je ne retrouverais plus - la jeunesse, la passion, l'enthousiasme naïf, l'espoir insouciant? Ne pouvais-je accepter d'en conserver une partie, à défaut de la totalité? Ne pouvais-je imaginer un état de bien-être qui se passait de tout cela?"

N.0'F., quel drôle de nom, comment le prononce t'on à l'irlandaise? de retour chez elle après une vie, une carrière internationale, Rosie revient dans sa ville natale, Kilbride,retrouve ses amis de jeunesse qui n'ont en fait que si peu changé. Elle découvre Stoneytown, dans un hameau abandonné qu'on ne trouve même pas sur Google, dont elle fait sa retraite entourée d'animaux familiers et d'où elle finira par repartir elle même mais comme retrouvée.

Un livre que l'on est fâché d'avoir fini.

 

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04 janvier 2009

Yanick Lahens, la couleur de l'aube

haitiHaïti, ile de misère, deux sœurs Angélique et Joyeuse, attendent leur frère Fortuné. Il participait à une manifestation violente et les récits alternés des deux femmes vont faire renaitre l’histoire de cette famille ordinaire.
L’écriture émaillée de mots créoles et remplie de références sur Haïti donne envie de comprendre, d’en savoir plus sur cette ile déshéritée ou plutôt pillée par des générations de dictateurs et par une population dévoreuse d’arbre. 3% seulement de la surface de l’ile est encore boisée. Regardez Haïti et sa voisine Saint Domingue sur une vue satellite
et vous verrez la différence http://maps.google.fr/maps?hl=fr&tab=wl&q=haiti

La musique est présente dans le livre avec plusieurs citations de Djakout Mizik. djakout_mizik

Je vous renvoie au clip de ce groupe de Kompa, la musique populaire haïtienne, avec sa chanson « sa se biznis pam » : visite dans les rue de Port au Prince où s’ expriment à la fois la joie du rythme caraïbe et la difficulté de vivre même  « s’il n’y a pas de sot métier ».

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14 décembre 2008

ARMITIERE, Prix du public 2008

premiers ou seconds romans de la rentrée littéraire 2008, proposés par les libraires et offerts en pâture aux débat des lecteurs, dans l'ordre de mes préférences :

Bénédicte des Mazery, la vie tranchée : la censure pendant la guerre de 14-18
Yanick Lahens, la couleur de l'aube : Haïti dans sa misère et son exubérance
Philippe Honoré, l'obligation du sentiment : fulgurant, douloureux, magnifique
Fadela Hebbadj, l'arbre d'ébène : le monde hostile des blancs pour un enfant immigrant
Eugène Green, la reconstruction : fort, poignant
Delphine Bertholon, Twist : j'ai plus l'âge
Jean Mattern, les bains de Kiraly : on tourne en rond
Anne-Constance Vigier, la réconciliation : non

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La chorale des maîtres bouchers de Louise Erdrich

carte_du_Dakota_du_NordMaster Butchers Singing Club

Roman épique des plaines américaines, ce roman foisonne de thèmes qui touchent les hommes du XX° siècle. L’immigration, les guerres mondiales et l’affrontement des peuples, mais aussi des thèmes plus universels  comme la filiation, le secret, la mort, le souvenir.

Fidelis a fait la première guerre mondiale du côté allemand, il émigre aux USA et s’installe à Argus, petite ville du Dakota du Nord, plaines immenses, froides mais arides, pour commencer une vie américaine avec des enfants qui par les hasards de la vie feront à leur tour la deuxième guerre mondiale en s’affrontant.

Le hasard, encore lui, unit les deux vies de Fidelis et Delphine. Le roman tisse ainsi de fines relations entre les habitants d’Argus. Rien que de très banal mais bouleversant : on apprend en toutes fin qui est la mère de Delphine, Franz le fils ainé de Fidélis n’est pas vraiment son fils, des personnages secondaires s’avèrent essentiels au fil du récit…

Evidentes analogies avec le Dalva de Jim Harrisson, la présence de la culture indienne dans ce monde de petits blancs, évoquée au hasard des pages comme une influence furtive. Au détour d’une histoire, racontée par bribes par le vieil ivrogne incohérent, on tombe sur le massacre de Wounded Knee ; l’amant équilibriste de Delphine ne dit pas qu’il est indien mais se trouble quand on les moque…

Pourquoi la chorale ? En effet des liens sociaux trés forts se tissent à Argus à travers la musique, rencontre des cultures américaines et allemandes dans le choix des répertoires et la partage de la bière. La chorale n’a pas d’importance narrative, mais elle est là comme un fil qui relie les époques et les habitants. Elle est née de la tradition de la ville allemande dont Fidelis est originaire, et où le roman se termine en 1954, par un concert de réconciliation qui permet d’expurger toute la fureur et la noirceur des périodes passées.

La bio de Louise Erdrich

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