A lire et à dire

18 septembre 2016

Etrangers de l'intérieur

Documentaire de Juliette Jourdan, tourné en 2003, abouti en 2009, diffusé à Dieppe à la Villa Perrotte en partenariat avc A l'Est du Nouveau.

http://romove.radio.cz/fr/clanek/1867

L'affaire du mur de Usti Nam Laben en 1998 construit pour ghettoïser un immeuble habité par des roms du reste d'un quartier de cette ville de Bohème reste encore trés vive lorsque Juliette Jourdan visite la tchéquie, 4 ans après son démontage. L'humiliation ressentie par les habitants, Juliette va en capter les mots, les rancoeurs, les haines. Combiner ses propres images avec les archives, révéler un épisode symptomatique d'une situation trés ancienne concernant la cohabitation des "noirs" avec les blancs.

200000 tziganes en tchéquie aujourd'hui, sur 10 millions d'habitants. Ce film est à mettre en regard e Zanetta, de Petr Vacav, fiction construite autour d'une jeune femme rom qui ne trouve pas d'emploi , malgré ses évidentes qualités et sa trés forte envie d'échapper au destin tout tracé par le chômage, la drogue et sa communauté, et aussi avec Koza, un film consacré à un boxeur rom, qui erre de tournoi en tournoi vers une déchéance physique malgré la vivacité et l'énergie qu'il déploie.

 

Juliette Jourdan

 

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Le metteur en scène Polonais

Antoine Mouton livre un roman trés particulier. Phrases à tiroir, remplies de subordonnées -de tirets- de digressions, d'explications qui nous éloignent du début de la phrase. "Didascalies d'un auteur mal intentionné". Des locutions snobinares : "thé mariage frères", tous éléments qui n'apportent rien au récit mais le rendent jouissif, drôle, une fois accepté le parti pris que cette forme est a matière du texte.

tout à coup elle lui parle "avec tendresse" en italique. Pour ce mot, pas d'explication, pas de digressions. Seues les italiques le qualifient. On reçoit ce "avec tendresse" avec soulagement, enfin de l'essentiel.

Ces textes pourraient servir d'exercices e français : réécrivez ce texte de façon plus lisible. Sans oublier aucune information, donc en aissant le moyen de glisser quelqeus digressions, sans tirets, en diminuant le nombre de virgules par, en aérant les pavés...

Le metteur en scène polonais écale et partage des oeufs durs. Ce qui prouve sa folie. Ou celle de l'auteur...

Bon mais le roman? Il s'agit d'un roman dans le texte, celui dont le MESP veut faire la mise en scène, sans avoir jamais été capable d'en lire plus de 20 pages. Ces pags il les relit sans cesse, mais elles changent de lecture en lecture. "Le roman était piégé".

Ecrire un roamn de 20 pages, répétées 20 fois avec des variantes, des oublis, des ajouts, des contresens et des enchainements à chaque fois qu'on atteint une page multiple de 20. Tout pour couler avec fluidité vers le piège.

Le polonais parle un trés bon français. Il sait qu'on ne peut employer le sibjonctif avec "après que...", mais le présent de l'indicatif.

Resaisissements, redites et corconolutions semblent ne délivrer que bien peu d'inforamtions. Répéter aux détours d'une phrase -dieu sait si elles sont longues- une idée déjà maintes fois abordée c'est, à tous coups, l'affiner, la préciser, la déformer, la mettre dans une autre perspective. Peut être quainsi il finit par en dire plus que les apparences le laissent croire.

Par exemple, les bancs sans dossiers devant les arbres sains...

Et puis digresser c'est peut être remetttre sur un chemin. Cette écriture force l'attention : mais où est le verbe? de qui parle 'ton? Comment finira la phrase? Les comportements sont absurdes et attachants (la résolution des disputes par le partage de l'oeuf dur).

Ce qu'on peut attendre du spectacle vivant, c'est que quelque chose meure. Cela nous renvoie à notre voyeurisme.

Piégé par la toute fin. J'ai oublié le traducteur tchèque. Voir page 33. L'amitié entre tchèques et polonais fa souffrir de cette fin.

Cette écriture remet en question notre souhait de lire de belles histoires émouvantes, confondantes, édifiantes, mais toutes faussées par le fait qu'elles sont écrites. L'écriture n'est pas la vie. S'en est la fixation, l'impression. Alors que l'histoire soit tordue, folle, incohérente, cela n'a plus vraiment d'importance. Ce qu'il faut c'est qu'elle nous attire, qu'elle nous intrigue, qu'elle nous donne envie d'y revenir.

Armitière 2015

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Les Buddenbrook

long roman de Thomas Mann, "les Buddenbrook" constitue un roman riche de sens, de styles, de personnages, rassemblés dans une fresque décrivant le monde commerçant de Lubeck au XIX° siècle.

La réussite, la richesse, l'importance de l'argent, dots, héritages, affaires qui prennent le pas sur les affinités. Luthérianisme qui s'accomode fort bien a proximité de l'argent. Rejet des déviants, artistes et viveurs. Carcan des convenances plus fortes que tout sentiment (le personnage de Tony, Antonie, porte cette thématique tout au long du roman).

La langue parlée par ces allemands du Nord est bousculée par les rencontres avec des bavarois, et le parler si accentué de Munich. Mais aussi de nombreux accents, prussiens, ou populaires, mal rendus par la traduction évidemment mais dont Mann lui même se sert pour caractériser ses personnages secondaires.

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02 novembre 2014

Armitière 2014

16° édition

 

La trace du fils, de Gaspard Marie Janvier.

L'Isère, la nature vierge, ou plutôt ancestralement parcourue, sur des chemins oubliés. Reparcourue à pied, fuite du fils et poursuite du beau père, le narrateur. L'importance du chien, des chiens, de leur odorat, de leur indifférence et de leur déférence à l'homme.

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre, de Shani Boianjiu

Courts récits qui s'entrcroisent, parlant de 3 jeunes filles israéliennes qui font leur service militaire obligatoire. Rien ne se passe, puis la tension monte. La peur apparait au détour, l'ennui, l'horreur, comme un fait, ça passe c'était là et la vie continue.

Constellation, d'Adrien Bosc

L'oubli, de Frederika Amalia Finkelstein

Comment s'en mettre plein les poches en Asie mutante, de Mohsin Hamid

Les grands, de Sylvain Prudhomme

Le bonheur national brut, de François Roux.

 

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15 juin 2014

Indiana - George Sand

Indiana 2

Dans ce premier roman de G. Sand, Indiana, jeune épouse soumise absolument à son mari comme la coutume mais aussi la loi l'imposent après la restauration, est courtisée par le fringant Raymon, dans des péripéties assez plates et longues mais avec des mots d'un cynisme total, un langage trés élaboré, comme une toile d'araignée.

La lettre de Raymon au moment où Indiana part à l'ile Bourbon est un modèle du genre, à l'éclairage du paragraphe qui la suit immédiatement.

"Cependant il songea, le lendemain, qu’il lui restait encore une tâche à remplir : c’était de regagner l’estime, sinon l’amour de cette femme. Il ne voulait pas qu’elle pût se vanter de l’avoir quitté ; il voulait qu’elle se persuadât avoir cédé à l’ascendant de sa raison et de sa générosité. Il voulait la dominer encore après l’avoir repoussée ; et il lui écrivit :

« Je ne viens pas vous demander pardon, mon amie, de quelques paroles cruelles ou audacieuses échappées au délire de mes sens. Ce n’est pas dans le désordre de la fièvre qu’on peut former une idée complète et l’exprimer d’une manière convenable. Ce n’est pas ma faute si je ne suis pas un dieu, si je ne puis maîtriser auprès de vous l’ardeur de mon sang qui bouillonne, si ma tête s’égare, si je deviens fou. Peut-être aurais-je le droit de me plaindre du féroce sang-froid avec lequel vous m’avez condamné à d’affreuses tortures sans jamais en prendre aucune pitié ; mais ce n’est pas votre faute non plus. Vous étiez trop parfaite pour jouer en ce monde le même rôle que nous, créatures vulgaires soumises aux passions humaines, esclaves de notre organisation grossière. Je vous l’ai dit souvent, Indiana, vous n’êtes pas femme, et, quand j’y songe dans le calme de mes pensées, vous êtes un ange. Je vous adore dans mon cœur comme une divinité. Mais, hélas ! Auprès de vous, souvent le vil homme a repris ses droits. Souvent, sous le souffle embaumé de vos lèvres, un feu cuisant est venu dévorer les miennes ; souvent, quand, me penchant vers vous, mes cheveux ont effleuré les vôtres, un frisson d’indicible volupté a parcouru toutes mes veines, et alors j’ai oublié que vous étiez une émanation du ciel, un rêve des félicités éternelles, un ange détaché du sein de Dieu pour guider mes pas en cette vie et pour me raconter les joies d’une autre existence. Pourquoi, pur esprit, avais-tu pris la forme tentatrice d’une femme ? Pourquoi, ange de lumière, avais-tu revêtu les séductions de l’enfer ? Souvent j’ai cru tenir le bonheur dans mes bras, et tu n’étais que la vertu.

« Pardonnez-moi ces regrets coupables, mon amie ; je n’étais point digne de vous, et peut-être, si vous eussiez consenti à descendre jusqu’à moi, eussions-nous été plus heureux l’un et l’autre. Mais mon infériorité vous a fait continuellement souffrir, et vous m’avez fait des crimes des vertus que vous aviez.

« Maintenant, que vous m’absolvez, j’en suis certain, car la perfection implique la miséricorde, laissez-moi élever encore la voix pour vous remercier et vous bénir. Vous remercier !... Oh ! non, ma vie, ce n’est pas le mot : car mon âme est plus déchirée que la vôtre du courage qui vous arrache de mes bras. Mais je vous admire ; et, tout en pleurant, je vous félicite. Oui, mon Indiana, ce sacrifice héroïque, vous avez trouvé la force de l’accomplir. Il m’arrache le cœur et la vie, il désole mon avenir, il ruine mon existence. Eh bien, je vous aime encore assez pour le supporter sans me plaindre ; car mon honneur n’est rien, c’est le vôtre qui est tout. Mon honneur, je vous le sacrifierais mille fois ; mais le vôtre m’est plus cher que toutes les joies que vous m’auriez données. Oh ! non ! je n’eusse pas joui d’un tel sacrifice. En vain j’aurais essayé de m’étourdir à force d’ivresse et de transports, en vain vous m’eussiez ouvert vos bras pour m’enivrer de voluptés célestes, le remords serait venu m’y chercher ; il aurait empoisonné tous mes jours, et j’aurais été plus humilié que vous du mépris des hommes. Ô Dieu ! vous voir abaissée et flétrie par moi ! vous voir déchue de cette vénération qui vous entoure ! vous voir insultée dans mes bras, et ne pouvoir laver cette offense ! car en vain j’eusse versé tout mon sang pour vous ; je vous eusse vengée peut-être, mais jamais justifiée. Mon ardeur à vous défendre eût été contre vous une accusation de plus ; ma mort, une preuve irrécusable de votre crime. Pauvre Indiana, je vous aurais perdue ! Oh ! que je serais malheureux !

« Partez donc, ma bien-aimée ; allez sous un autre ciel recueillir les fruits de la vertu et de la religion. Dieu nous récompensera d’un tel effort ; car Dieu est bon. Il nous réunira dans une vie plus heureuse, et peut-être même... mais cette pensée est encore un crime ; pourtant je ne peux pas me défendre d’espérer !... Adieu, Indiana, adieu ; vous voyez bien que notre amour est un forfait !... Hélas ! mon âme est brisée. Où trouverais-je la force de vous dire adieu ! »

Raymon porta lui-même cette lettre chez Mme Delmare ; mais elle se renferma dans sa chambre et refusa de le voir. Il quitta donc cette maison après avoir glissé sa lettre à la femme de service, et embrassé cordialement le mari. En laissant derrière lui la dernière marche de l’escalier, il se sentit plus léger qua l’ordinaire ; le temps était plus doux, les femmes étaient plus belles, les boutiques plus étincelantes : ce fut un beau jour dans la vie de Raymon."

Indiana sur Wikipedia

Editions des oeuvres de Georges Sand

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02 mai 2014

DULCE ET DECORUM EST

Wilfred Owen

Wilfred Owen, poète anglais mort une semaine avant l'armistice de 1918, écrit ce terrible texte sur ce qu'est réellement la guerre :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dulce_Et_Decorum_Est

 

Mon ami, tu ne diras plus avec une telle ardeur aux enfants qui brûlent d'affronter la gloire qu'il est doux et glorieux de mourir pour la patrie.

 

Xavier Hanotte, dans Manière noire, cite Wilfred Owen et en fait un fil conducteur de son roman policier, noir et bruxellois. Il y revit l'ultime attaque et la mort du soldat. Mais un autre récit s'intercale aussi dans ce roman prétexte, c'est l'attentat mené contre Heydrich en mai 1942 à Prague, par Jozef Gabčík et Jan Kubiš.

 

Bent double, like old beggars under sacks,
Knock-kneed, coughing like hags, we cursed through sludge,
Till on the haunting flares we turned our backs
And towards our distant rest began to trudge.
Men marched asleep. Many had lost their boots
But limped on, blood-shod. All went lame; all blind;
Drunk with fatigue; deaf even to the hoots
Of tired, outstripped Five-Nines that dropped behind.

Gas! Gas! Quick, boys!–An ecstasy of fumbling,
Fitting the clumsy helmets just in time;
But someone still was yelling out and stumbling
And flound'ring like a man in fire or lime...
Dim, through the misty panes and thick green light,
As under a green sea, I saw him drowning.

In all my dreams, before my helpless sight,
He plunges at me, guttering, choking, drowning.

If in some smothering dreams you too could pace
Behind the wagon that we flung him in,
And watch the white eyes writhing in his face,
His hanging face, like a devil's sick of sin;
If you could hear, at every jolt, the blood
Come gargling from the froth-corrupted lungs,
Obscene as cancer, bitter as the cud
Of vile, incurable sores on innocent tongues, —
My friend, you would not tell with such high zest
To children ardent for some desperate glory,
The old Lie: Dulce et decorum est
Pro patria mori.

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27 janvier 2014

charmant portrait d'un policier islandais

Quand Sigurdur Oli arriva chez Lina et Ebbi, en début de soirée, le calme régnait dans la maison. L’imposante jeep d’ Ebeneser stationnait devant, très haute sur ses roues, conçue pour affronter les pistes de montagne, la glace et la neige gelée. Il se gara derrière et pensa à ces excursions qu’entreprenaient les gens sur les hautes terres de l’intérieur. Ces machins compliqués ne l’avaient jamais tenté. Il n’aimait pas voyager ni visiter l’Islande, et encore moins dormir sous la tente ou renoncer au confort moderne. Il ne voyait pas ce qu’il serait allé faire sur un glacier islandais. Bergthora avait tenté de le convaincre de l’intérêt que cela présentait mais elle s’était heurté à ses réticences, dans ce domaine comme dans bien d’autres. Il préférait rester à Reykjavik, à proximité de son appartement, et passait chaque année ses vacances à l’étranger, recherchant bien plus le soleil que des occasions de découvrir le monde. Bergthora n’avait pas été surprise d’apprendre que la destination favorite était la Floride. Il préférait éviter l’Espagne ou les autres pays d’Europe du Sud qu’il trouvait sales et où les restaurants lui semblaient aussi inégaux que grossiers. Les villes historiques, les musées et les beaux monuments ne l’attiraient pas et il ne risquait rien de ce genre en séjournant à Orlando. Ses goûts cinématographiques étaient du même ordre : il ne supportait pas la prétention des films européens. Les films d’art et d’essai dénués de toute intrigue. Il leur préférait nettement le cinéma hollywoodien, l’action, l’humour et les stars. D’ailleurs, le cinéma était conçu pour la langue anglaise. S’il regardait à la télévision un programme qui n’était ni américain ni britannique, il ne tardait pas à étreindre l’écran. Toutes les autres langues qu’il entendait à la télé, et surtout l’islandais, lui semblaient ridicules. Il fuyait les films autochtones comme la peste. Il ne lisait pas beaucoup, un livre par an, tout au plus, mais écoutait en revanche beaucoup de musique, du rock américain de la grande époque et de la country.

 

muraille de lave

La montagne de lave, Arnaldur INDRIDASSON - chapitre 17 -portrait de Sigurdur Oli, un des policiers du commissariat de Reykjavik. Toutes les raisons de choisir l'intérieur des terres, l'europe du sud, la littérature et les films de Frederik Thor Fredrikson

ou Balthazar Kormakur dont la cité des jarres, tiré d'un autre livre d' Indridason Dagur Kari, le très beau Noi Albinoi

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19 janvier 2014

Veste à rayure

Le musée Alfred Canel de Pont Audemer est la bibliothèque que cet adjoint au maire en 1833 a décidé de constituer pour le public. Les parquets craquent, le bureau du maitre est toujours en place ainsi que les escabeaux pour monter dans les rayonnages. Le musée est en lui même une oeuvre de bibliophilie et un écrin de menuiserie. Les collections sont éclectiques : 11000 coleoptères de Gustave Power, la description de l'égypte, composée par les membres de l'expédition de Bonaparte, des peintres mis en scène dans un cabinet au tentures rouges, des silex taillés.

Ce petit tableau d'un certain Emile Artus Boeswilwald représente sa fille travestie en garçon, il est peint en 1920, complètement hors de propos pour l'époque. Mais quel pouvoir d'attraction dans ce lieu.

boeswilwald fille de l'artiste en travesti

En 1920 mourrait Réjane, trés grande révérence de Proust pour l' artiste : "Admirez l'intelligence de l'interprète ! s'écria Proust. Elle joue en travesti, mais elle a eu l'élégance de conserver ses boucles d'oreilles."

REJANE EN TRAVESTI

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29 octobre 2012

Tours et détours ou Travesuras

Travesuras Vargas LlosaTours et détours de la vilaine fille, traduction d'Albert Bensoussan du roman en espagnol de Mario Vargas Llosa, Travesuras de la nina mala.

Le protagoniste (ressemblant forcément à l'auteur) est interprète, traducteur et les vicissitudes de sa relation épisodique avec la vilaine fille nous font voyager du Pérou à Paris, du swinging London à Tokyo.

Petit problème avec deux mots bizarrement traduits. Pour le reste, la traduction est trés agréable et adaptée.

"En vint-elle à m’aimer un peu ces deux années-là ? Elle ne me le dit jamais, bien sûr, cela aurait été une démonstration de faiblesse qu’elle ne m’aurait ni ne se serait pardonnée. Mais je crois qu’elle s’habitua à ma dévotion, à se sentir flattée par l’amour que je déversais sur elle à pleines mains, plus qu’elle n’aurait osé se l’avouer. Elle aimait que je la fasse jouir avec ma bouche et qu’ensuite, sitôt atteint l’orgasme, je la pénètre et « l’irrigue ». Et ensuite, que je lui dise, de toutes les façons possibles et de mille manières, que je l’aimais. « Quelles cucuteries tu vas me sortir aujourd’hui ? » me disait elle parfois en guise de bonjour."

 "Llegó a quererme un poco en aquellos dos años? Nunca me lo dijo, desde luego, eso habríasido una demostración de debilidad que no se hubiera, ni me hubiera, perdonado. Pero creo quellegó a acostumbrarse a mi devoción, a sentirse halagada por el amor que yo vertía sobre ella amanos llenas más de lo que se atrevía a confesarse a sí misma. Le gustaba que la hiciera gozar con mi boca, y que luego, apenas había alcanzado el orgasmo, la penetrara y «la irrigara». Y, también,que le dijera de todas las formas posibles y de mil maneras que la amaba. «¿Qué cursilerías me vas adecir hoy día?» era a veces su saludo."

Comment traduire ? Cursilerías devient cucuteries. Mais personne ne dit cucuteries en français. On dirait plutôt « arrête de dire des conneries », mais cela rendrait un ton vulgaire hors de propos. Je préfère garder cursilerias, intraduisible.

De même pour pichiruchi, traduit en pitchounet. La phonétique n’est pas une raison suffisante, on entend un mépris dans pichiruchi que pitchounet rend trop suave et enfantin.

"Tu a mí no me dejas plantada, pichiruchi —vibraba de indignación y tenía la voz descompuesta—. Tú, si tienes una cita conmigo..."

Conclusion? je garde les mots intraduisibles et je voudrais plus d'espagnol dans le texte. Ce principe devrait se produire plus souvent, plutôt que de trop franciser quand ça n'a pas d'intérêt.

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12 octobre 2012

Britannicus et autres pièces de Racine

Rome le coliséeQuel régal cette série d'émissions d'Adèle Van Reth sur les pièces de Racine, Britannicus, Andromaque, Phèdre et Bérénice.

Emaillée d'extraits joués, qui donnent envie de voir ces pièces sur scène.

En ce mois d' Octobre 2012, c'est à Nanterre, aux Amandiers : http://www.nanterre-amandiers.com/2012-2013

Mais en attendant cet échange entre Britannicus et Junie :

 

Madame, quel bonheur me rapproche de vous?
Quoi? je puis donc jouir d'un entretien si doux?
Mais parmi ce plaisir, quel chagrin me dévore!
Hélas! puis-je espérer de vous revoir encore?
Faut-il que je dérobe, avec mille détours,
Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours?
Quelle nuit! quel réveil! Vos pleurs, votre présence
N'ont point de ces cruels désarmé l'insolence?
Que faisait votre amant? Quel démon envieux
M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux?
Hélas! dans la frayeur dont vous étiez atteinte,
M'avez-vous en secret adressé quelque plainte?
Ma princesse, avez-vous daigné me souhaiter?
Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter?
Vous ne me dites rien? Quel accueil! Quelle glace!
Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce?
Parlez: nous sommes seuls. Notre ennemi trompé
Tandis que je vous parle est ailleurs occupé.
Ménageons les moments de cette heureuse absence.

mais non ce n'est pas vrai, Néron est caché derrière les tentures, les amants sont en danger, alors Junie répond :

Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance.
Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux,
Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.
Britannicus
Et depuis quand, Madame, êtes-vous si craintive?
Quoi? déjà votre amour souffre qu'on le captive?
Qu'est devenu ce cœur qui me jurait toujours
De faire à Néron même envier nos amours?
Mais bannissez, Madame, une inutile crainte.
La foi dans tous les cœurs n'est pas encore éteinte;
Chacun semble des yeux approuver mon courroux,
La mère de Néron se déclare pour nous,
Rome, de sa conduite elle-même offensée...
Junie
Ah! Seigneur, vous parlez contre votre pensée.
Vous-même, vous m'avez avoué mille fois
Que Rome le louait d'une commune voix;
Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage.
Sans doute la douleur vous dicte ce langage.
Britannicus
Ce discours me surprend, il le faut avouer.
Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer.
Quoi? pour vous confier la douleur qui m'accable,
À peine je dérobe un moment favorable,
Et ce moment si cher, Madame, est consumé
À louer l'ennemi dont je suis opprimé?
Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?
Quoi! même vos regards ont appris à se taire?
Que vois-je? Vous craignez de rencontrer mes yeux?
Néron vous plairait-il? Vous serais-je odieux?
Ah! si je le croyais... Au nom des dieux, Madame,
Éclaircissez le trouble où vous jetez mon âme.
Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?

 

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-racine-14-britannicus-2012-10-01

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