14 décembre 2008
ARMITIERE, Prix du public 2008
premiers ou seconds romans de la rentrée littéraire 2008, proposés par les libraires et offerts en pâture aux débat des lecteurs, dans l'ordre de mes préférences :
Bénédicte des Mazery, la vie tranchée : la censure pendant la guerre de 14-18
Yanick Lahens, la couleur de l'aube : Haïti dans sa misère et son exubérance
Philippe Honoré, l'obligation du sentiment : fulgurant, douloureux, magnifique
Fadela Hebbadj, l'arbre d'ébène : le monde hostile des blancs pour un enfant immigrant
Eugène Green, la reconstruction : fort, poignant
Delphine Bertholon, Twist : j'ai plus l'âge
Jean Mattern, les bains de Kiraly : on tourne en rond
Anne-Constance Vigier, la réconciliation : non
13 octobre 2007
La donation de FLorence Noiville
la rentrée littéraire a eu lieu et encore une fois pléthore de romans, merci à l' Armitière de nous aiguiller dans ce maquis. Le concours des lecteurs a repris. Il consiste à lire 8 livres prêtés par la librairie, participer à des débats puis à un vote pour désigner le préféré des lecteurs. Jouons le jeu et à travers ces quelques notes de lecture, partageons les plaisirs des livres découverts.
La signature chez le notaire d’un acte de donation des biens des parents aux enfants est le révélateur /fixateur de la douleur d’être l’ enfant d’une mère maniaco dépressive. Victime et bourreau, la mère souffre de PMD (psychose maniaco dépressive) qui dévore la moitié d’une vie et pourrit celle des proches.
Mais nous, nous ne sommes pas victimes mais profitons de ce récit. Voici en vrac, les moments de plaisir littéraire qui pour moi émaillent le livre :
Pour cette enfant, dont la mère se perd cycliquement, la maladie c’est l’abandon. Sonate d’ Automne de Bergmann comme représentation du conflit mère fille, le sourire « poli, figé » d’Ingrid Bergman comme symbole.
Très beau texte semé d’allitérations, de formes poétiques :
« Un dessin qu’un enfant tend à sa mère, quêtant désespérément son approbation »
« la donation…avec toutes ses variations ; l’abandon, le don, le pardon »
« je tordais en tous sens l’anse de mon sac »
« Enfance/insouciance, rime pauvre et paresseuse. Calamiteuse. Avec toute la conscience de mes limites. »
Des jeux de mots, sans parler des mots sur le je
-parsemé dans un des derniers chapitres : la dose létale, étale la mère, la mer étale.
-le vocabulaire du notaire :
-donation entre vifs…
-survivant des donataires et décès du prémourant,
-le moment où seront réconciliés l’usufruit et la nue propriété, c’est à dire la mort des parents, entrainera la jouissance des enfants,
-une donation qui te transforme en nue propriétaire…
La métaphore de l’ agapanthe. L’agapanthe, plante de l’amour (agapé en grec), est une plante à rhizome, l’enchevêtrement des racines conduit parfois à l’étouffement. Un coup de bêche tranche cet amas et permet aux fleurs de s’épanouir.
Belle littérature.
Ce dimanche sur France Musique, Florence Noiville, épouse de Martin Hirsch, est l'invitée d'Emmanuel Davidenkoff, elle parle beaucoup de musique et nous donne à entendre le Stabat Mater de Francis Poulenc, par Régine Crespin, comme illustration de son goût que je ne peux que partager pour la musique chorale.
Florence Noiville : sur http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=12941
29 mars 2007
concierge dans le 7°
A la librairie hier soir, un public d'adorateurs pour Muriel Barbery, lauréate du prix des lecteurs de l' Armitière avec "l'élégance du hérisson".
Sympathique forcément, contente, c'est normal, un prix du public ça parle au coeur.
Et puis gentille avec tout le monde, parlant beaucoup de son mari qui travaille avec des enfants précoces, (pas surdoués, c'est pas pareil), du Japon, du thé, bref de toutes façons de tout ce qu'il y a dans le bouquin et il y en a beaucoup.
Même une auto-dénonciation : si elle a ressemblé par le passé à quelqu'un dans le livre, c'est à Colombe la soeur pédante et ridicule qui passe je ne sais plus quelle thèse (tiens, comme Agnès Jaoui et ses chevaliers du lac de Paladru dans "On connait la chanson", vous voyez?).
Alors allez y, lisez le, ça vous fera du bien, mais n'oubliez pas "puisque rien ne dure" de Laurence Tardieu. C'est beaucoup plus profond, mais il aurait été trop douloureux d'échanger avec elle sur le sujet de son livre. Il est beaucoup trop intime pour une assemblée de 100 personnes, mêmes admiratifs.
28 janvier 2007
Concours de l'Armitière
Merci à Graziella pour l'animation du groupe 4.
Les lecteurs sont toujours aussi attentifs et réactifs. Mais ce que je préfère c'est quand on n'est pas d'accord. Faut il dénoncer un texte parce qu'il n'est pas parfaitement écrit? Au risque de lui préférer une niaiserie bien fichue?
En tout cas, consensus général pour "puisque rien ne dure" et large discussion sur la spiritualité dans "les sabliers du temps", enfoncement général pour "la maison Tudaure" et clivage incompressible pour "la femme aux lèvres d'orange" (que je n'avais pas éprouvé le besoin de commenter).
On attend maintenant de savoir qui l'emportera entre Laurence Tardieu et Muriel Barbery ("l'élégance du hérisson"). Est ce qu'elles viendront nous voir?
http://www.armitiere.com
14 janvier 2007
Puisque rien ne dure de Laurence Tardieu
J'ouvre ce livre : première partie : lui (juin 2005) : ça commence trés bien. belle écriture, ponctuation en vadrouille, émotion, le temps du trajet qui laisse la mémoire revenir. Tenu en haleine par ces trente premières pages, uniquement par le souffle...
10 jours après j'entame la deuxième partie : journal d'elle 15 ans avant et la disparition.
et là pas moyen de lacher la troisième partie : eux, maintenant, retrouvés.
Et maintenant c'est fini et je ne veux pas en dire plus sur l'histoire, elle a peu d'importance et sert de trame à des mots vrais, les seuls qui comptent peut être au bout de nos vies.
Tout ce que je peux dire maintenant ce sont ces quelques pauvres notes. Désolé mais l'émotion est forte...Ce livre magnifique est maintenant plein de larmes.
Après avoir lu ce livre on connait mieux son bonheur.
Comment remettre la radio?
Comment rallumer l'ordinateur?
Que de futilités dans nos vies.
Travailler, acheter, posséder...ou avoir peur de mourir, se perdre.
Je vais fermer le livre et essayer de ne pas l'oublier.
Beaucoup de blogs en parlent bien, un parmi d'autres avec lequel je suis assez d'accord :
http://journal-d-une-lectrice.over-blog.net/article-3969899.html
Laurence Tardieu est née en 1972 à Marseille. Elle a publié deux romans : Comme un père (2002) et Le Jugement de Léa (prix du roman des libraires Leclerc 2004), parus chez Arléa. Elle est également comédienne.
19 décembre 2006
Les sabliers du temps de Virginie Langlois
La beauté du désert, l’omniprésence du minéral et un espoir en l’homme, en sa capacité de trouver de l’eau et de verdir les terrasses, les « restanques », comme on dit dans le Var. La présence des serpents…le danger mais aussi le salut, quand, à le suivre, on sort du champ de mines…
Virginie Langlois a vu son manuscrit « présents » retenu par le prix de l’inédit du festival de Mouans, en Provence. Le prix c’était la publication du roman par Actes Sud, qui au passage a changé le titre avec « les sabliers du temps » (un peu
redondant comme idée d’ailleurs).
Ecrit à la première personne, le roman ne m’a jamais fait penser à une autobiographie et j’en remercie l’auteur qui ne règle aucun compte mais décrit un monde âpre, dangereux mais où se révèlent de vrais humains. Cette femme, perdue au bout des pistes, cet homme perdu pour la société, ce chevrier qui se retrouve partout dans ce désert et qui sait sans le faire savoir.
18 décembre 2006
La maison Tudaure de Caroline Sers
L'auteur joue sur un suspense qui n’en finit pas de s’étirer. Mais pas moyen de m’y intéresser.
L’atmosphère de ce petit village reculé, inaccessible et pourtant inexplicablement peuplé est bien rendue mais elle est effrayante : il fait froid, il fait sombre, les sapins enserrent le village dès le panneau de sortie…mais de quoi vivent ils ? A oui, une usine, vaguement présente, en fait elle fermée après avoir peut être participé au premier drame il y a 50 ans.
Tout ça est esquissé, dilué, sans vraie force de dénonciation : pollution ? omerta ? inceste ? qu’est ce qui a tué ces enfants ? Eh bien c’est beaucoup plus banal ou improbable que ce qu’on essaie d’imaginer.
J’ai fait des efforts pour le finir, en m’accrochant aux personnages atypiques : cet enfant en marge de sa vie, cet adjudant de gendarmerie qui réfléchit et son collègue romancier...Mais là aussi, pas d’approfondissement, pas de sympathie pour eux.
Restait la maison-titre du livre…On assiste à sa visite mais sans angoisse, sans mystère réel. Non je n’ai pas aimé ce livre. A côté de quoi suis je passé ?
03 décembre 2006
Courir dans les bois sans désemparer de Sylvie Aymard
C'est le titre du premier roman de Sylvie Aymard. Un roman noir, grinçant même. Avec des coq à l'ane, des mélanges de genre volontaires et bienvenus, à commencer par la première phrase : "J'ai bien essayé de me faire piétiner par un gros sanglier, mais il se cache le jour et la nuit je ne vois rien...", des images incongrues et fulgurantes comme cet oncle d'Afrique qui "entrait dans les éléphants pour les dépecer".
Sous la forme, les douleurs d'une vie : des rencontres blessantes, le parcours des années hippies, l'illumination de la rencontre avec Nathan et sa disparition et la finale décision de re-vivre, après cette course forestière, solitaire et opiniâtre.
25 novembre 2006
Café Viennois de Michèle Halberstadt
Je viens de lire avec plaisir « Café Viennois » de Michèle Halberstadt. Le récit croisé de l’histoire de sa mère, fuyant Vienne en 1938 vers la France, avec la découverte en plusieurs voyages de cette ville pétrie d’histoire et de remords.
Un premier voyage avec sa mère fait ressortir tout l’agacement, l’éloignement entre la mère et la fille. Elles n’ont pas la même histoire, pas la même vie et ce pèlerinage révèle peu à peu à la fille la douleur qui sourd au fond du cœur de sa mère.
Lorsqu’elle accomplit seule le dernier voyage du récit, la narratrice perçoit différemment la ville. Elle y trouve des traces infimes du passage de sa mère et de sa famille et son imagination fait naître l’émotion.
Evidemment il y a un aspect Guide touristique de Vienne qui gêne cette lecture. Au début du roman, on se croirait dans le Guide Bleu. Les lieux, les pâtisseries, même les dirndl ces robes folkloriques autrichiennes y passent. Si vous ne connaissez pas Vienne, vous pouvez prendre ce livre pour visiter, mais je vous conseille plutôt « Vienne au crépuscule » de Schnitzler.
En rapport avec le métier de productrice de Michèle Halberstadt, la visite de Vienne avec pour fil rouge le « Troisième Homme », avec Orson Welles est plus rare et m’a plus intéressé.
Mais surtout je préfère retenir du livre l’émotion douce qui nous gagne au long du récit, à travers le thème des rapports mère fille ou parent enfant, ainsi que le thème du nazisme et de la fuite des juifs et leur rejet par la société viennoise puis française.
Finesse, belle écriture, Michèle Halberstadt, productrice de Taxi, Rosetta… avait des choses à nous dire. J’espère l’avoir bien comprise.
12 novembre 2006
L'élégance du Hérisson de Muriel Barbery
Notes en vrac à la fin de la lecture de ce roman de Muriel Barbery : de bonnes chances que je vote pour lui au concours des lecteurs de l' Armitière...
« …Désormais, je traquerai les toujours dans le jamais. » Cette phrase énigmatique qui termine l’élégance du hérisson de Muriel Barbery, traduit tout l’objectif du beau récit des "aventures" Renée, concierge certes.
Beaucoup de thèmes, des prétentions à philosopher : pour une concierge c’est un peu fort. Evidemment c’est éxagéré, comment une concierge pourrait elle cacher une telle élévation de la réflexion? Une telle exigence grammaticale? Une telle morgue vis à vis de ces employeurs éminemment plus autorisés qu’elle à parler ? Sans oublier leurs rejetons, encore plus ségrégationnistes sous oripeaux révoltés.
Et bien justement la supériorité intellectuelle de la concierge, c’est la trame du livre. Et son élégance, c’est de ne pas la révéler, de jouer son rôle de concierge, mal fagotée, laide, acariâtre. Mais nous ne sommes pas forcément ce que sont nos apparences. Dans cet immeuble bourgeois du 16° les gens nobles ne sont pas les plus riches mais la femme de ménage et la concierge. Et puis aussi un riche japonais, sinon on tomberait dans la caricature. Les riches peuvent être nobles aussi.
Une charge féroce contre les thèses universitaires inutiles : Colombe travaille sur la théologie de Guillaume d’ Ockham, franciscain et penseur du XIV° siècle, La thèse évoque une querelle entre les tenants de l’universalité et ceux de la particularité. On peut aussi présenter Guillaume d’ Ockham comme un opposant au pape Jean XXII pronant la pauvreté franciscaine contre les excés de l’église. Mais Colombe ne peut s’intéresser à cet aspect du personnage et Muriel Barbery le passe sous silence.
Le premier roman de Muriel Barbery s’appelle "une gourmandise". Il évoque la vie d’un critique gastronomique. Il y a aussi un critique gastronomique dans « l’élégance du hérisson », Jean Arthens meurt et la famille cède son appartement à Kakuro Ozu.
Il ya tant de choses dans ce livre, constitué de très courts chapitres, alternant les voix de Renée et de Paloma. Le récit de Renée est linéaire, parfois les notes de Paloma renvoient aux évènements de l’immeuble rapportés par Paloma. Cela incite à lire la suite. Le procédé est très plaisant et j’ai apprécié la rapidité des chapitres. En outre dans la table des matières on retrouve des titres pour chacun et ça j'aime. On est très loin des romans avec « livre 1 » et « livre 2 », interminables.
Le blog de Muriel Barbery présente la reproduction de la nature morte que Renée contemple dans l’entrée de Kakuro. On y trouve de nombreuses références au Japon, fascination pour l’auteur, visiblement.




