14 décembre 2008
ARMITIERE, Prix du public 2008
premiers ou seconds romans de la rentrée littéraire 2008, proposés par les libraires et offerts en pâture aux débat des lecteurs, dans l'ordre de mes préférences :
Bénédicte des Mazery, la vie tranchée : la censure pendant la guerre de 14-18
Yanick Lahens, la couleur de l'aube : Haïti dans sa misère et son exubérance
Philippe Honoré, l'obligation du sentiment : fulgurant, douloureux, magnifique
Fadela Hebbadj, l'arbre d'ébène : le monde hostile des blancs pour un enfant immigrant
Eugène Green, la reconstruction : fort, poignant
Delphine Bertholon, Twist : j'ai plus l'âge
Jean Mattern, les bains de Kiraly : on tourne en rond
Anne-Constance Vigier, la réconciliation : non
La chorale des maîtres bouchers de Louise Erdrich
Roman épique des plaines américaines, ce roman foisonne de thèmes
qui touchent les hommes du XX° siècle. L’immigration, les guerres mondiales et
l’affrontement des peuples, mais aussi des thèmes plus universels comme la filiation, le secret, la mort, le
souvenir.
Fidelis a fait la première guerre mondiale du côté allemand, il émigre aux USA et s’installe à Argus, petite ville du Dakota du Nord, plaines immenses, froides mais arides, pour commencer une vie américaine avec des enfants qui par les hasards de la vie feront à leur tour la deuxième guerre mondiale en s’affrontant.
Le hasard, encore lui, unit les deux vies de Fidelis et Delphine. Le roman tisse ainsi de fines relations entre les habitants d’Argus. Rien que de très banal mais bouleversant : on apprend en toutes fin qui est la mère de Delphine, Franz le fils ainé de Fidélis n’est pas vraiment son fils, des personnages secondaires s’avèrent essentiels au fil du récit…
Evidentes analogies avec le Dalva de Jim Harrisson, la présence de la culture indienne dans ce monde de petits blancs, évoquée au hasard des pages comme une influence furtive. Au détour d’une histoire, racontée par bribes par le vieil ivrogne incohérent, on tombe sur le massacre de Wounded Knee ; l’amant équilibriste de Delphine ne dit pas qu’il est indien mais se trouble quand on les moque…
Pourquoi la chorale ? En effet des liens sociaux trés forts se tissent à Argus à travers la musique, rencontre des cultures américaines et allemandes dans le choix des répertoires et la partage de la bière. La chorale n’a pas d’importance narrative, mais elle est là comme un fil qui relie les époques et les habitants. Elle est née de la tradition de la ville allemande dont Fidelis est originaire, et où le roman se termine en 1954, par un concert de réconciliation qui permet d’expurger toute la fureur et la noirceur des périodes passées.

